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La clarté a besoin d’énergie

  • Photo du rédacteur: Annie Charpentier
    Annie Charpentier
  • 22 juin
  • 5 min de lecture




À l’aube de l’été, il y a souvent une drôle de frénésie qui s'installe. On dirait que l’arrivée des vacances accélère tout, il faut boucler les dossiers, planifier les congés, on se met souvent une pression immense pour tout régler avant la rentrée.


On se dit que l'été sera le moment parfait pour repenser nos priorités, prendre cette grande décision qu’on repousse, ou même planifier notre prochain projet. Mais on tombe souvent dans un piège subtil, celui d’essayer de forcer la réflexion alors que nos batteries sont complètement à plat.


Dans un quotidien où la performance est partout, on oublie une règle de base : la clarté mentale ne surgit jamais dans la fatigue. S’arrêter, ce n’est pas mettre sa vie sur pause, c’est juste se donner l'espace nécessaire pour mieux la comprendre et surtout, pour retrouver notre élan.


La réflexion sous pression


Quand on est en surcharge mentale ou physique, notre cerveau passe en mode survie. Sa priorité devient alors simple, c’est gérer l'urgence du moment, réduire l'inconfort et dépenser le moins d'énergie possible.


Alors, essayer de réfléchir à son avenir, à ses projets ou même à sa routine de travail dans cet état-là, c'est souvent une impasse. La fatigue vient brouiller nos cartes sans qu'on s'en rende compte :


  • On voit moins loin : Épuisé, notre cerveau perd sa créativité. On finit par choisir la première option qui passe, juste pour « sortir du problème ». Quand nos réserves sont basses, notre priorité devient souvent de réduire l'inconfort plutôt que d'explorer les possibilités.


  • On décide par dépit ou par peur : Au lieu de bâtir quelque chose qui nous fait vibrer, on réagit négativement à notre situation actuelle, comme vouloir tout lâcher sur un coup de tête. L’idée de changer d’emploi ou d’abandonner un projet qui nous tient à cœur peut arriver à la suite d’une période où le niveau d’énergie est bas.

 

  • On confond action et agitation : On a l'impression de réfléchir parce que notre hamster tourne sans arrêt dans sa roue, mais en réalité, on ne fait que tourner en rond. Je me reconnais moi-même dans cette spirale. Les idées semblent nombreuses, mais quand je prends du recul, je réalise souvent que je tourne autour des mêmes questions sans réellement avancer.


Pour poser un regard juste sur sa trajectoire, qu'on veuille tout changer ou simplement continuer à s'épanouir là où on est, il faut d’abord faire baisser la pression.


L'importance de se déposer


Dans notre culture, l'action est toujours valorisée, alors que ne rien faire est vite perçu comme de la paresse ou une perte de temps. Pourtant, le repos joue un rôle essentiel pour le cerveau puisqu’il lui permet de se regénérer.

En neurosciences, on étudie ce qu'on appelle le réseau du mode par défaut. C'est la zone du cerveau qui s'active quand on n'est pas concentré sur une tâche précise, bref, quand on laisse aller ses pensées. C'est à ce moment que ce réseau trie les informations de nos journées, relie nos souvenirs et donne un sens global à nos expériences. Il joue un rôle majeur dans l'introspection, la mémoire, la projection et la créativité.

Nos meilleurs déclics, nos intuitions et les solutions à nos problèmes les plus complexes surgissent rarement quand on fixe un écran à minuit. Ils arrivent quand l’esprit vagabonde comme pendant une marche en forêt, assis au bord de l’eau, ou durant un après-midi où l'on s'autorise à ne rien faire de productif. C’est à ce moment que les morceaux du casse-tête se placent d'eux-mêmes. Avec le temps, j'ai remarqué que plusieurs de mes meilleures idées n'apparaissent pas lorsque je suis assise devant mon ordinateur à chercher une solution. Elles émergent plutôt pendant une marche, en voyage ou dans un moment où je cesse d'essayer de trouver une réponse.


Permissions à s'accorder pour préserver sa vitalité


On va se le dire : l'expression « prendre soin de soi » est partout, et elle est devenue complètement galvaudée. On nous la vend souvent à toutes les sauces comme une recette magique à base de bains moussants, de bougies ou de déconnexion totale sur une plage.

Mais le vrai soin de soi, ce n'est pas un produit marketing. Ce n'est pas non plus une récompense qu'on s'accorde seulement quand on est au bout du rouleau. Prendre soin de soi, c'est une décision lucide et parfois inconfortable. C'est parfois accepter de décevoir certaines attentes, de remettre une tâche à plus tard ou de dire non à quelque chose qui semblait pourtant important.  Ce n'est pas de la paresse, c'est du respect de soi.


Pour éviter que tes vacances ne deviennent une autre liste de tâches cognitives, voici quelques permissions intéressantes à envisager, sans aucun objectif de performance :


  • La permission d'explorer la nouveauté : Essaie une activité, un loisir ou visite un endroit complètement inconnu. Tester quelque chose de nouveau, sans chercher à le réussir ou à le maîtriser, force le cerveau à sortir de ses autoroutes de pensées habituelles. Ça brise les boucles de rumination et ça fait un bien immense.


  • La permission de décrocher du résultat : Prends le temps de t’investir dans des activités physiques ou créatives (marcher, cuisiner, bricoler) sans chercher à mesurer ta performance, simplement pour être dans le plaisir du geste.


  • La permission de lire et de découvrir juste pour le plaisir : Laisse de côté les documents techniques, les lectures professionnelles ou les livres de croissance personnelle trop lourds. Plonge dans de nouveaux univers ou explore un sujet qui nourrit simplement ta curiosité. Se permettre de lire dans un endroit calme et inhabituel peut être également très agréable.


  • La permission de ralentir : Fais les choses à ton propre rythme. Si une sortie ou un projet estival commence à générer de la pression, demande-toi : « Est-ce que ça peut attendre à demain ? » J'avoue que ce n'est pas toujours la permission la plus facile à s'accorder. Même pendant les vacances, je peux parfois me surprendre à vouloir rentabiliser mon temps ou à remplir mes journées. Pourtant, ce sont souvent les moments les moins planifiés qui me font le plus de bien.


  • La permission de déposer tes pensées : Garde un petit carnet pas loin. Si une bonne idée ou une réflexion monte, écris-la pour la sortir de ta tête, referme le carnet, et retourne à ton moment présent. Cet exercice aide à briser le cycle de rumination.


Faire du repos un acte de sagesse


Voir le repos comme une perte de temps est une erreur de perspective. À la rentrée, la tentation sera grande de vouloir arriver avec un plan parfait et des réponses à tout.

Et si, cet été, la meilleure stratégie consistait simplement à recharger ses batteries…

Prendre le temps de s'arrêter pour reconstituer son énergie, ce n'est pas un détour inutile, c'est l'assurance de revenir avec une vision plus humaine, plus solide et plus alignée avec ce que l’on veut réellement bâtir pour la suite.


Pendant longtemps, j'ai cru que les réponses venaient surtout de la réflexion et de l'analyse. Avec les années, j'apprends plutôt qu'elles apparaissent souvent après avoir pris le temps de récupérer l'énergie nécessaire pour les accueillir

 
 
 

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